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Très proche de la nature depuis toute petite, il s’agit là d’un sujet qui me tient particulièrement à coeur. Mais, lorsque l’on dit art contemporain et écologie, qu’est ce que cela signifie? Qu’est-ce que la pensée écologique? De quand date-t-elle?

Qu’appelle-t-on un art écologique? Idem pour la culture de l’anthropocène. Que signifie ce terme qui semble sortir tout droit de nos cours de SVT et que vient faire l’art dans cette affaire ?

L’anthropocène, c’est l’ère/la période dans laquelle nous sommes entrés depuis l’avènement de l’industrie et qui caractérise l’impact global de l’activité humaine sur l’écosystème terrestre.

Ainsi, la culture de l’anthropocène incarne une angoisse, une inquiétude latente liée à l’ère industrielle. En ce sens, et à l’étonnement général lorsque je le mentionne, la pensée environnementale et écologique remonte à la fin du 19è siècle.

Je rappelle que c’est précisément ce moment de la révolution industrielle qui voit émerger l’art contemporain.

Besoin de précisions sur ce point? C’est par ici que ça se passe.

En ce sens, art contemporain et écologie vont marcher main dans la main tout au long des 20è et 21è siècles.

C’est parti!

Walden ou la vie dans les bois : naissance d’une conscience environnementale

Je viens de vous le dire, la naissance d’une pensée écologique est concomitante à celle de l’avènement de l’industrie et de la technologie. C’est-à-dire : milieu/fin du 19è siècle et c’est important de le rappeler.

Rétrospectivement, on fixe « la naissance » de la pensée écologique moderne et d’une conscience environnementale à la parution d’un essai aussi essentiel que magnifique.

Oui! Je l’ai adoré et vous le conseille vivement.

Il s’agit de Walden ou la vie dans les bois d’Henri David Thoreau publié en 1854.

Pour résumé simplement au regard de ce qui nous intéresse ici : l’auteur ressent une angoisse face à l’avancée fulgurante de l’industrie. Aussi, il décide de quitter sa vie ordinaire urbaine et citadine.

Il va alors s’installer dans la forêt, près du lac de Walden. L’ouvrage conte la vie de Thoreau près de ce lac le temps de 2 ans, 2 mois et 2 jours.

Une partie du texte repose sur la critique du monde industriel qui fascine autant qu’il inquiète. Il s’inquiète notamment de la transformation de l’espace et plus particulièrement de celle de la nature. Il va également poser la question du sens dans ce nouveau monde.

Une autre partie, plus philosophique, va dévoiler comment, au contact de l’élément naturel , l’individu peut se renouveler et se métamorphoser en se greffant au cycle – mort/renaissance – des éléments.

art contemporain et écologie : walden ou la vie dans les bois

Henri David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, 1854

La pensée écologique en quelques dates 

Si l’écologie ne devient un projet social concret, médiatique, populaire qu’au début dans années 2000, elle est présente nous l’avons vu – oui j’insiste et me répète volontairement – depuis la fin du 19è siècle.

Concrètement en quelques dates clefs ça donne ça :

  • 1892: John Muir fonde la première association écologiste : le Sierra Club.
  • 1915: le biologiste écossais Patrick Geddes dénonce le gaspillage de ressources naturelles par la société industrielle
  • Dès 1960 on s’inquiète des impacts du nucléaire sur la nature
  • 1962 : la biologiste Rachel Carson publie Silent Spring et dénonce l’usage des pesticides et de ces retombées catastrophiques sur le milieu naturel.

L’impact de son travail en dehors des milieux intellectuels avoisinera le niveau 0 de l’intérêt général.

rachel Carson dans son bureau

La biologiste Rachel Carson chez elle en 1962. ©Alfred Eisenstaedt – Getty

Dans son ouvrage choc Silent Spring, la biologiste de renom dénonçait les méfaits terribles de l’utilisation inconsidérée des pesticides et autres produits chimiques ! Il s’agit d’une enquête de plus de vingt ans menée par Rachel Carson et étayée de nombreux rapports et études de scientifiques, un cri d’alarme que cette femme, déjà connu pour ses ouvrages sur le monde marin et la pollution environnementale, décida de lancer en son temps. Face à elle, les lobbies de l’agro-industrie et les scientifiques pris dans cette science de la chimie réagirent avec violence.

Qu’est-ce que l’art écologique?

Il est important de comprendre qu’il s’agit d’un art contextuel.

Au début des années 1960, l’art contemporain va prendre une nouvelle direction. En effet, une tendance de l’art américain, mais aussi européen, va mettre l’accent sur l’utilisation des matériaux naturels. La terre, l’eau ou l’air, qui manifestent le processus à l’oeuvre et impliquent du même coup une nouvelle conception de la durée dans l’art.

Corrélativement, l’attention des artistes, se porte sur l’exploration de nouveaux espaces en dehors de ceux traditionnellement réservés à l’art. Cela va progressivement les amener à s’interroger sur leur environnement et à s’intéresser aux sites naturels.

Cette nouvelle forme d’art ou d’attitude face à la forme est à englober dans ce que la critique d’art américaine Rosalind Krauss a appelé un « champ élargi » de l’art. Ce champ, doit intégrer des paramètres comme le paysage et l’architecture qui, diversement combinés, permettent de reconsidérer les notions de site et de sculpture.

Je vous invite donc à me suivre à la découverte de ces nouvelles attitudes face au réel, lorsque art contemporain et écologie se rencontrent.

 

 

Alan Sonfist, Time Landscape, 1965

Voici un premier exemple des liens existant entre art contemporain et écologie.

Nous sommes ici dans les années d’émergence d’un art écologique puisqu’en mai 1969 se tient à New-York dans la John Gibson Gallery, l’exposition Ecological Art, signe de l’intérêt grandissant pour la thématique.

NB pour les plus avertis : vous noterez la récurrence de la date de 1969 et ferez le lien avec la fondamentale exposition d’Harald Szeeman, When attitudes become forms qui donne un merveilleux aperçu de la notion de « champ élargi » de l’art.

Ici dans Time Landscape, Alan Sonfist reconstitue au sud de Manhattan, sur une surface de 100m2 en friche, le biotope du site tel qu’il existait avant l’arrivée des colons. Pour ce faire, il est aidé de chercheurs qui l’accompagnent dans la reconstitution des essences d’arbres présentes à l’origine sur cette terre.

C’est donc face à la mémoire des lieux – du site – que nous sommes ici confrontés. L’artiste rappelle par une intervention simple qu’avant l’urbanisation il y avait une terre. Ces 100m2 sont donc une réhabilitation de la mémoire perdue d’un site au passé ancestral.

Jardin en friche à NY
Time Landscape en 1975 art contemporain et écologie, Time Landscape

Alan Sonfist, Time Landscape, 1965 et vue réelle en 1975

Joseph Beuys, 7.000 Eichen, 1982-1987 : qu’est-ce qu’une sculpture sociale? 

Cette proposition de Joseph Beuys, me permet de vous introduire à son concept de « sculpture sociale ». Il s’agit d’un concept élargi de l’art. cf: Rosalind Krauss.

Concept dans lequel l’art est pensé et vécu comme transformateur de la société et l’artiste comme acteur social.

Autrement dit, une sculpture sociale va inclure l’activité humaine qui cherche à structurer et à transformer la société et/ou l’environnement. On peut ici faire un parallèle avec ce que sera à la fin des années 1990 la notion d’esthétique relationnelle chez Nicolas Bourriaud.

Artiste qui plante des arbres à la Dokumenta 7 de Kassel

Joseph Beuys, 7.000 Eichen, 1982, Documenta 7

À l’occasion de la Documenta 7 à Cassel, Joseph Beuys, plante 7.000 chênes et fonde dans le même temps un parti vert. Le lien ici entre art contemporain et écologie est autant manifeste qu’affirmé.

Le premier sera planté devant le musée Fredericanum. Devant chaque chêne se dresse une colonne de basalte d’un dimension d’1m20. On peut se porter acquéreur d’un arbre et d’une colonne qui deviennent : mon arbre et ma colonne. Cela est tout à la fois un moyen de préservation et un moyen de responsabilisation. En effet, on prend toujours davantage soin de ce qui nous appartient.

C’est le fils de Beuys qui, symboliquement, plantera le 7.000ème chêne à l’occasion de la Documenta 8 en 1987.

Il s’agit toujours à l’heure actuelle de la plus grande sculpture écologique en perpétuelle mutation.

allée de chêne à Cassel

Allée des chênes et des colonnes de Joseph Beuys à Cassel

Agnes Denes, Wheatfield—A Confrontation, 1982

Cette pièce emblématique prend place au sud de Manhattan dans le Financial District de New-York. Elle est réalisée en 1982 par l’artiste hongroise- américaine Agnes Denes. Cette dernière transforme la pointe de Manhattan cachée dans l’ombre de Wall Street et des gratte-ciel du district financier en un champs de blé d’un hectare.

Un projet d’envergure, qui verra ce terrain d’enfouissement des déchets de l’excavation du World Trade Center irrigué, semé, labouré, et produire près de 500 kg de blé au cours d’un été.

Cette récolte va voyager dans 28 pays différents dans lesquels les graines seront distribuées pour être plantées à nouveau. Agnes Denes inscrit ainsi son œuvre dans un cycle, son travail n’est pas éphémère mais va se renouveler continuellement à l’instar des 7.000 Eichen de Beuys.

Ici on a un exemple parfait des liens entre art contemporain et écologie mais également entre écologie et féminisme.

exemple art contemporain et écologie

Agnes Denes, Wheatfield—A Confrontation, 1982

Wheatfield—A Confrontation a été pensé sur un terrain qui a l’époque valait 4.5 milliard de dollars et ce paradoxe vient évidemment apporter une dimension supplémentaire à ce projet.

En effet, elle met en évidence l’opposition entre :

  • d’une part les gestes simples qui permettent à un sol pollué de redevenir cultivable.
  • et d’autre part les arbitrages économiques complexes en matière de politique agro-alimentaire et ce, sur l’une des places financières les plus puissantes au monde.

Par cette installation vivante, elle souhaite souligner notre dépendance au vivant et à la nature alors que l’on s’enfonce toujours un peu plus dans une crise environnementale et économique. En ce sens, elle tente de repenser les systèmes de dominations à l’oeuvre dans nos sociétés occidentales et capitalistes.

En effet, Agnes Denes est une pionnière de l’art environnemental et écologique, mais c’est aussi l’une des premières artistes eco-féministe qui a réfléchi aux liens entre exploitation de la nature et exploitation des femmes.

Art contemporain et écologie : qu’est-ce que l’art végétal?

Au sein de cette vaste thématique, art contemporain et écologie, on trouve une sous thématique qui est celle de l’art végétal.

Il repose sur une quasi non intervention sur la nature et est toujours éphémère. Pour illustrer cette tendance, je vais vous parler de deux artistes : Andy Goldsworthy et Nils Udo.

Andy Goldsworthy

Andy Goldsworthy est écossais et ouvrier agricole : ce qui explique en partie sa proximité avec la nature. La majeure partie de son travail prend forme entre 1970 et 1900. C’est la nature qui fournit l’intégralité des matériaux à l’artiste.

Sa manière de procéder est simple : il parcourt en marchant la campagne et la forêt à la recherche de sites et de matériaux. Il mène également un travail de recherche de la lumière et elle est un critère dans la sélection des sites qu’il décide d’habiter le temps de la création. Enfin, il travaille avec la terre selon le rythme des saisons.

Ainsi, ces productions sont éphémères, transitoires et fragiles. Il renverse, par son processus, la théorie de l’antique mimésis. En effet, au lieu d’essayer de contrôler la nature en la représentant à la perfection, il travaille avec elle selon le cycle des saisons. Aussi, si l’oeuvre finit toujours par disparaître, elle fait quand même partie du lieu par le simple fait d’avoir existée.

Feuilles jaunes autour d'un arbre Morceaux de glace assemblés

Andy Goldworthy, extraits du film Film River and Tides, 2001.

Travaux des années 1980

Nils Udo

Nils Udo est un artiste qui intervient sur le paysage sans jamais le troubler. En effet, il arrange sans ne jamais déranger. Il rappelle que l’arrangement est un geste non destructeur.

La preuve en exemple:

Dans ces deux arrangements réalisés sur l’île de la Réunion, intitulés Fissures, Nils Udo, intervient dans les creux laissés par les coulées de lave du Piton de la Fournaise. Il intervient dessus en avec simplicité et poésie.

En effet, il ramasse les pétales tombées au sol des fleurs « langues de feu » à gauche et « lanternes » à droite. Il va alors les déposer simplement de part et d’autre de la fissure ou bien directement à l’intérieur.

Ici la sélection n’est pas anodine puisque les fleurs tant par leurs couleurs que par leurs noms rappellent toutes deux l’élément feu et la lumière qu’il génère. Ainsi, par une micro intervention il rappelle autant qu’il sublime la lave désormais figée.

Il réalise également toute une série de Nids attestant du lien incontestable qui existe entre art contemporain et écologie.

Dans certains des nids, Nils Udo se glisse nu au creux de ceux-ci et se fait prendre en photo en position foetale à l’intérieur.

Nul besoin de longues phrases pour comprendre qu’ici l’artiste use de la symbolique du nid qui est pensé comme un refuge et un lieu de protection. Cette protection c’est la nature qui le lui apporte. On bascule ainsi sur la symbolique de la Terre Mère de tous les hommes.

En ce sens, Nils Udo en se glissant nu au creux de ses nids, opère un retour aux origines tel un foetus dans le ventre de sa mère.

Nids dans la nature, art contemporain et écologie

Je viens de vous présenter une sélection, non exhaustives, d’artistes historiques qui lient art contemporain et écologie depuis le milieu des années 1960.

Volontairement, je n’ai pas parlé des artistes marcheurs car ils font l’objet d’un autre article.

Je vous emmène désormais pour la suite de cet article à la découverte des pratiques plus actuelles.

Lire l'article sur les artistes marcheurs

Une philosophie anthropocène

Au début des années 2000, une philosophie de l’anthropocène se met en place via le concept inquiétant de solastalgie. Ce concept est créé en 2003 par Glenn Albrecht. Il exprime le sentiment de se sentir mal chez soi alors que notre maison constitue un lieu de repli, une zone refuge où l’on devrait se sentir bien. On parle également d’éco-anxiété qui correspond à l’expérience d’un changement environnemental vécu négativement

Des artistes comme Arman vont très vite mettre le doigt, sans le connaître à l’époque, sur ce concept en s’inquiétant déjà, dès les années 1960, de la surconsommation d’objet.

Accumulation de masque à gaz

Arman, Home Sweet Home, 1960

Ici, l’artiste accumule des masques à gaz derrière une vitre en plexiglass. J’attire votre attention sur le titre évocateur : Home Sweet Home, anglicisme célèbre évoquant la douceur réconfortante de la maison.

Sauf qu’ici nous n’avons pas envie de traverser la vitre et de rentrer à la maison. En effet, le masque à gaz est un objet inquiétant puisqu’il sert à respirer lorsque l’oxygène manque. Aussi, Arman indique ici par le principe de l’accumulation que nous suffoquons de la prolifération d’objets dans nos maisons.

Il indiquera d’ailleurs dans une interview que le problème majeur des objets que nous consommons ce sont leurs emballages.

Et nous ne sommes ici qu’en 1960!

Thomas Hirschhorn : Too Too Much Much ou la rencontre entre art contemporain et écologie

Thomas Hirschhorn est un artiste suisse et il est le premier à remporter le prix Marcel Duchamp en 2000 ainsi que le prix de la Fondation Beuys en 2004. Il est d’ailleurs très proche du concept de sculpture sociale mis en place par Joseph Beuys. Son travail est en effet empreint de considérations sociales et politiques.

« Ce qui est beau pour moi est la capacité de l’être humain à réfléchir, penser, pouvoir faire travailler son cerveau. Penser ne produit pas de la « beauté » mais l’activité de la pensée est belle. Je veux montrer cela ».

En ce sens, il expose en 2010 au musée belge Dhont-Dhaenens un tas d’ordure. Vous le voyez, il s’agit de canettes de soda qu’il faut dès l’entrée du musée, escalader afin d’entrer à l’intérieur de l’exposition.

Le thème est donc limpide : la consommation. De masse. Du trop, du beaucoup trop.

Escalader cette masse de déchets met le visiteur face à son propre rapport à la consommation mais évoque également une réalité plus lointaine.

En effet, ici on pense d’emblée à une autre image : celle des déchèteries dans les pays plus pauvres et non occidentaux que côtoient ou escaladent tous les jours les habitants.

art contemporain et écologie art contemporain et écologie

à gauche : Déchèterie de Nairobi au Kenya

à droite : celle de New-Delhi en Inde. Plus haute que l’Arc de Triomphe et bientôt que le Taj Mahal. L’Inde génère actuellement 62 millions de tonnes de poubelles par an, cette production pourrait s’élever d’ici 2030 à 165 millions de tonnes annuellement, selon des chiffres du gouvernement.

En savoir plus

Trop trop, beaucoup trop

Comme à l’extérieur du musée, l’intérieur est littéralement envahi par des amas de canettes. Il s’agit d’une mise en scène colossale de notre quotidien de consommateur moyen : acheter, utiliser, jeter. Pour ensuite, entasser dans des déchèteries tous ces objets devenus indésirables.

Thomas Hirschhorn crée, comme Arman dans les années 1960, un face à face avec le spectateur en l’obligeant à expérimenter physiquement son excès de consommation.

Ici, on constate aisément les rapports intrinsèques existant entre art contemporain et écologie.

Amas de détritus devant un musée
Tadashi Kawata, Over the Flow, 2019

L’artiste japonais Tadashi Kawamata réalise dans le monde entier des installation in situ. Il utilise pour ses constructions, des matériaux du site en les recyclant. Il a donc une approche écologique de l’art.

En 2019, pour l’exposition Over Flow, commande du musée d’art, d’architecture et de technologie de Lisbonne, il crée une installation monumentale de plastique océanique dans la galerie ovale du musée. L’idée : alerter sur la prolifération des déchets plastiques dans les océans.

L’installation est composée de débris plastiques et de bateaux collectés sur le littoral portugais par la groupe de nettoyage volontaire Brigado do Mar. Chaque année, ils nettoient 45km de plage et enlèvent entre 20 et 30 tonnes de litière plastique.

Ce sont les débris collectés qui remplissent ici l’espace de la galerie mettant le visiteur face à une version imagée d’une catastrophe environnementale.

amoncellement de déchets plastiques dans une exposition d'art contemporain

Over Flow est une installation véritablement immersive. En effet, est donné à voir simultanément, une vision du dessus et du dessous de l’eau.

Cette image rappelle sans conteste une triste réalité, celle du 7ème continent, monstre de plastique qui se balade sur l’océan.

On parle d’ 1. 800 milliards de déchets plastiques qui polluent les océans. Au fil des années, ils se sont agglomérés en une monstrueuse masse qui ne cesse de s’étendre en plein Pacifique. Ce « septième continent » de plastique occupe 1,6 million de km² dans l’océan Pacifique.

Le 7ème continent en chiffres c’est :
  • 3,5 millions de km2 (1/3 de l’Europe et 6 fois la France)
  • 750 000 débris par km²
  • Découvert en 1997 par le capitaine Charles Moore
  • Composé de plastiques à 90 %, 80 % des déchets proviennent de la terre via les fleuves
  • 267 espèces marines sont affectées

Source : notreplanete.info

Des km de déchets plastiques sur les océans

À l’échelle mondiale, ce sont de 8 à 10 millions de tonnes qui sont déversées chaque année dans les océans, soit le contenu d’un camion-poubelle chaque minute.

L’Arche de Noé végétale

On vient de le voir, l’individu a aujourd’hui plus d’impact sur la planète Terre que toute autre force géologique. Oui ça craint!

C’est pour palier à cette angoisse qui fait urgence, qu’un projet d’envergure, financé par le gouvernement norvégien, est né en 2006. Il s’agit du Svalbard Global Seed Vault, «l’Arche de Noé végétale» qui abrite la plus grande réserve de graines au monde. La réserve se situe sur l’archipel du Svalbard, en Norvège. Elle a été conçue pour faire face à la diminution de la biodiversité et de la diversité génétique. Elle abrite plus d’un million de semences du monde entier. Dans ce bunker enfoui à 120 mètres de profondeur, sous les collines du Svalbard, la structure peut en contenir 4 millions.

Assurance vie pour la biodiversité et la population sur Terre.

Déposer des graines est gratuit, elles sont conservées à -18 °C. Elles sont placées dans des contenants imperméables afin de limiter tout contact avec l’oxygène qui pourrait les dégrader. Les États et institutions dépositaires restent propriétaires des semences et peuvent les récupérer à leur convenance. L’objectif de cette Arche de Noé végétale est de protéger la biodiversité et la diversité génétique de la planète face aux menaces. Notamment aux menaces climatiques mais aussi, face aux catastrophes naturelles, aux guerres et aux maladies. En février 2020, plus de 60 000 échantillons propriété de 35 institutions régionales et internationales ont rejoint l’arche.
Avec ce projet colossal, on se met face à l’anthropocène. On anticipe la fin de la biodiversité, on est dans la prévoyance.

Rendre l’anthropocène tangible

Pour le philosophe Timothy Morton, dont la pensée écologique est d’une ampleur et d’une radicalité sans équivalent, le réchauffement climatique peut-être l’exemple le plus dramatique de ce qu’il appelle «l’hyperobjet ». Il s’agit de quelque chose dont les propriétés spatiales et temporelles dépassent la portée cognitive et théorique de l’esprit humain.
Autrement dit, quelque chose qui dépasse l’entendement.

La plupart des gens ne savent pas comment traduire les données intangibles sur les graphiques climatiques en actions tangibles et durables.

Avec Mitigation of Shock, le collectif Superflux a tenté de rendre tangible un hyperobjet comme le changement climatique. Il s’agit d’une projection dans le futur qui place le spectateur en 2050 à Londres dans ce qui serait un appartement à l’ère de l’anthropocène réalisé.
Pour ce faire, le collectif a fait des recherches approfondies et a réalisé des entretiens avec des experts de la NASA, le Forum for the Future et le Met Office britannique.

Londres à l’ère de l’anthropocène réalisé 

Résultat: ils ont construit un appartement du futur qui englobe le changement climatique et ses conséquences sur notamment la sécurité alimentaire. Le but: permettre aux spectateurs d’expérimenter par eux-mêmes ce que pourraient être les restrictions de cet avenir.

2050, une date qui semble lointaine, mais très proche lorsqu’on la considère dans une perspective multigénérationnelle. Ils ont choisi 2050 car de nombreux enfants d’aujourd’hui auront alors l’âge de leurs parents.

Lorsque l’on entre dans l’appartement, des ordinateurs alimentaires surveillent l’humidité et la température. La technique appelée «fogponics» est utilisée pour faire pousser des plantes en utilisant du brouillard nutritif. Ce brouillard permet aux plantes d’absorber plus de nutriments et d’’utiliser moins d’eau et de pousser plus vite qu’elles ne le feraient dans le sol. D’imposantes piles de champignons, de plants de piment et de choux s’épanouissent dans un environnement intérieur parfaitement éclairé.

Une installation immersive étrangement inquiétante 

La lumière violette aveugle quiconque regarde de trop près. Les conduites d’eau bourdonnent bruyamment. Autour de l’appartement, se trouvent des expérimentations à base d’autres types de nourriture. En ce sens, on trouve dans la cuisine, des recettes pour des plats d’hamburgers à base de vers de farine ou un ragoût de renard.
Par la fenêtre, on peut voir des abris improvisés. Des logements occupés par des personnes déplacées à la suite des événements météorologiques extrêmes. Des serres sont disséminées sur les toits.

Préparer l’avenir : art contemporain et écologie

Il s’agit d’une expérience pragmatique mettant en pratique l’espoir d’un avenir bouleversé par le changement climatique.

En effet l’installation met le spectateur face à face avec l’avenir de l’instabilité climatique et de l’insécurité alimentaire qu’elle engendre. Mais également, face à la fragilité économique, politique et à la fragmentation sociale.

Leur approche combine art contemporain et écologie, prévoyance et expérimentation pratique pour permettre d’entrer directement dans un espace familier.

Cet espace est une invitation à rendre l’anthropocène tangible. Le collectif souhaite que les spectateurs se connectent émotionnellement aux défis auxquels tout le monde pourrait bientôt être confronté. Cette expérience est destinée à nourrir l’espoir autant qu’à motiver une action transformatrice. Et en même temps, il sensibilise et responsabilise face aux conséquences de l’inaction.

L’art contemporain pour sauver la planète de l’anthropocène

Après ces différents exemples aussi alarmants qu’inquiétants, qui répondent vous l’avez compris au concept de solastalgie terminons sur une note positive.

En effet, tout est toujours question dans l’art comme dans la vie, de postures. Soit on voit le verre à moitié vide, soit on le voit à moitié plein.

Ainsi, certains artistes vont agir directement et concrètement sur la préservation de l’écosystème. Ils sont des exemples pertinents de la rencontre fructueuse entre art contemporain et écologie.

C’est le cas par exemple de Daan Roosegarde, artiste et architecte néerlandais. Pour lui, art contemporain et écologie sont liés, le beau et l’utile se rejoignent. L’art peut aider les gens à vivre mieux, dans un environnement moins pollué. Il se sent investi d’une mission qui consiste à démontrer que l’on peut réellement se mettre à fabriquer un monde meilleur. Pour lui, utilité et esthétique ne peuvent plus se passer d’éthique. Il trouve inacceptable que l’on se contente de polluer comme un fait inéluctable, que l’on continue de penser à notre développement sans penser simultanément à la dépollution de la planète.

Son ambition, est d’être un faiseur, un fabricant. En effet, il ne s’agit pas simplement de rêver, ou d’avoir de grandes idées, mais de les réaliser matériellement, afin qu’on les voient et que cela déclenche un électrochoc.

Aussi, depuis plus de 10 ans, il installe ses créations futuristiques et écolos aux Pays-Bas.

La Smog Free Tower

Son travail le plus impactant est sans doute la Smog Free Tower (tour sans pollution), l’idée lui est venue à Pékin en 2013.
Du 32e étage de sa chambre d’hôtel, il profite le matin très tôt d’une vue dégagée sur la capitale chinoise. Mais le plaisir est de courte durée avec la reprise du trafic, un épais brouillard de pollution obscurcit la vue à 20 mètres. Cela a été le déclic.

Il s’est demandé comment il pouvait contribuer à nettoyer l’air des villes en Chine et ailleurs. De retour à Rotterdam, il s’est mis à plancher avec ses équipes, des chercheurs de l’université de technologie de Delft et ceux de l’entreprise Environnemental Nano Solutions.

En 2015, il dévoile la Smog Free Tower, une sorte d’immense purificateur d’extérieur. Grâce à un procédé d’ionisation positive, l’édifice aspire l’air ambiant à raison de 30.000 mètres cubes par heure.

Smog Free Ring

Cette sculpture, en partie mobile, rend l’air autour d’elle 20 à 70 % plus propre en captant les nanoparticules par ionisation grâce à un moteur électrique animé par plusieurs panneaux solaires. Les modèles actuels, de près de 10 mètres de haut, sont implantés dans différentes villes aux Pays-Bas, en Pologne et en Chine. Ils travaillent sur des modèles beaucoup plus grands, parfois fixés sur des immeubles. Les sculptures pourront dépolluer des volumes d’air bien plus conséquents.

Les particules de pollution qu’elles captent et stockent sont ensuite condensées pour former des cristaux de carbone. Il a même eu l’idée poétique d’en faire des bagues. Chaque bague correspond à 1000 mètres cubes d’air purifié. Il y a des couples qui se l’offrent comme bague de mariage (Smog Free Ring), permettant ainsi d’offrir 1000 mètres cubes de pollution en moins à la planète.

art contemporain et écologie : une bague qui purifie l'air

Corail Artefact, depuis 2017

Attention coup de 💙💙💙 assuré!

Ce projet est porté par l’artiste français Jérémy Gobé et est un merveilleux exemple de la force créatrice de la pensée analogique. Au départ, l’artiste a un travail de sculpture qui s’inspire des motifs coralliens car il voue une passion aux coraux. Ainsi, la survie des récifs coralliens est un combat qui lui tient cœur.

Tout comme nos forêts, les récifs coralliens sont des capteurs de CO2. Ils abritent un quart de la biodiversité marine et en tant que barrière, ils peuvent freiner les tempêtes et les tsunamis. Le réchauffement climatique, la pêche à la dynamite et les pollutions plastiques dérèglent son cycle naturel. Le stress subit l’oblige à expulser ses algues symbiotiques qui lui donnent ses couleurs incroyables. Du corail ne reste alors que le squelette.

art-science-industrie-éducation pour sauver les barrières de corail

Corail artefact, c’est une rencontre mais surtout une solution globale pour lutter contre la disparition des coraux.

Pour ce faire, Jérémy crée un fonds de dotation et deux entreprises afin de développer les recherches (artistiques, scientifiques et industrielles) et les actions de sensibilisation (auprès des scolaires et du grand public) du projet.

L’histoire est incroyable et vient encore une fois attester des liens profonds qui existent entre art contemporain et écologie.

En effet, fin d’été 2017, Jérémy Gobé est invité par l’association lyonnaise HS-Projets à participer à l’édition clermontoise 2018 du Festival International des Textiles Extraordinaires. Sur place, il choisit de s’inspirer d’un savoir-faire traditionnel de la région Auvergne Rhône-Alpes : le point d’esprit, motif traditionnel de dentelle au fuseau du Puy-en-Velay. Ce motif, créé il y a plus de 400 ans, ressemble à s’y méprendre au dessin d’un des squelettes coralliens qu’il utilise dans le cadre de ses expérimentions.

C’est alors que par analogie (système de pensée maître de toutes les grandes découvertes), lui vient une idée : et si cette dentelle pouvait contribuer à sauver les coraux ?

La réflexion autour d’un support en dentelle pour stimuler la régénération corallienne est alors lancée.
Jérémy Gobé a très vite l’envie d’imaginer ce que pourrait être une dentelle améliorée, inspirée du point d’esprit, en y intégrant des nouvelles technologies et en proposant d’autres fibres biosourcées en local.

Début 2018

Jérémy Gobé met au point un programme de Recherche, Développement et Innovation (RDI) associant art, science, industrie et éducation pour un projet qu’il baptise corail artefact.

Ce projet comprend le support dentelle, mais aussi :

• Des structures en béton écologique pour recréer les récifs détruits.

Les récifs artificiels existants sont réalisés en grande partie avec du béton cellulaire (non écologique). Il s’agit d’un mélange d’eau, de ciment et de sable. Le sable est souvent issu du fond des mers ou des littéraux, ce qui favorise la montée des eaux. Par ailleurs, la production du ciment est celle qui dégage le plus de C02 au monde. En substituant le sable et le ciment précités par des matériaux à la fois biosourcés mais aussi renouvelables, il est possible de créer un béton purement écologique.

• Des outils d’aquariologie pour éviter que lors de l’expérimentation (en laboratoire et in situ), les coraux soient en présence d’éléments toxiques (plastiques, colles, …).

• Des objets au design évocateur, utiles, écologiques et mettant en valeur des matériaux alternatifs au plastique, destinés à démontrer qu’il est possible de modifier nos habitudes.

• Un ensemble de contenus et d’événements de sensibilisation auprès des scolaires et du grand public.

En mai 2018, les premiers tests du support dentelle en laboratoire sont réalisés.

De la dentelle pour sauver les coraux
Début 2019

Jérémy Gobé s’associe à Claire Durand-Ruel, ils structurent ensemble le projet et constituent une première équipe.

En mai 2019, Jérémy Gobé réalise pour la première fois des sculptures/structures au motif corail cerveau de Neptune en béton écologique. Ce test permet de montrer que ces structures sont propices à l’accroche, la fixation pérenne et la reproduction de cnidaires (famille regroupant coraux, anémones, méduses, etc.), sans dégager aucune substance toxique.

À la même période s’achèvent les premiers essais du support dentelle.

Vous pouvez suivre les aventures de Corail Artefact directement sur leur page Instagram.

Breath Project par ESCIF

Encore un projet art contemporain et écologie qui dispose d’un réel impact social sur l’environnement.

ESCIF est un street artiste espagnol et pour le Breath Project, il réalise un dessin organique composé de 5.000 arbres. Ces derniers sont plantés sur le Mont Olivella dans le golf de Sapri au sud de l’Italie.

Ce mont était victime d’une instabilité hydrogéologique causée par les vagues successives de déforestation du Mont au début du 18è siècle.

Aussi, sous la forme d’une batterie qui se recharge, ESCIF plante début 2017 2.500 chênes verts (on se rappelle ici de Joseph Beuys en 1982) et 500 érables. Il donne ainsi un nouveau souffle à cette terre abîmée.

En 2019 ce sont 2.000 érables supplémentaires qui sont plantés pour terminer de recharger concrètement la batterie.

BREATH signifie le souffle :

« Le souffle suit les rythmes du temps et de la Terre. Toujours en se renouvelant et en se régénérant, il oppose l’accélération hystérique de la civilisation technologique à la célébration d’une nature répétant son cycle sans fin. Le souffle s’accompagne d’un message mondial fort : nos ressources naturelles s’épuisent, nous devons protéger notre planète. Et, comme avec une batterie, la Terre a besoin d’être rechargée pour fonctionner correctement ».

Mont Olivella Italie du Sud : art contemporain et écologie Sapri Italie reforestation

©https://www.breathproject.it/eng/

le photographe Sebastião Salgado et sa femme ont replanté 600 hectares de forêt tropicale

Photographe franco-brésilien de renom, Sebastião Salgado est aussi un écologiste convaincu.

La forêt atlantique est une forêt tropicale humide localisée le long du littoral du Brésil. Sa biodiversité extrêmement riche et dense – 20 000 espèces de plantes dont 40 % sont endémiques – en fait aussi l’une des forêts les plus menacées du monde.

C’est dans cette zone-clé, dans l’État du Minas Gerais, au sud-est du Brésil, que se situe la ferme des parents de Sebastião Salgado, célèbre photographe franco-brésilien connu principalement pour son travail de portraits en noir et blanc.

Lorsqu’il était enfant, le ranch était entouré d’une végétation dense et compacte. Mais en 1994, quand il rentre au Brésil après avoir passé des années à l’étranger, il découvre une terre aride, dévastée par la déforestation et l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles, notamment du minerai de fer.

Écœuré, il décide d’acquérir la terre avec sa femme Lélia. Ensemble, ils se lancent dans un chantier titanesque : replanter la forêt.

« Tout était détruit, j’en étais malade, raconte Salgado en 2015 dans une interview pour The Guardian. Moins de 1 % des terres – de près de 700 hectares, ndlr – étaient encore pourvues d’arbres. C’est là que ma femme a eu la fabuleuse idée de replanter cette forêt».

Ils créent alors l’Instituto Terra, une organisation environnementale dédiée au développement durable, dont le but est de redonner vie à cette forêt massacrée.

Sebastião Salgado et sa femme ont replanté 600 hectares de forêt tropicale
La première graine est plantée en 1999

Avec l’aide de leurs 24 employés, auxquels s’ajoutent de nombreux volontaires, le couple parvient progressivement à faire pousser des arbres tropicaux endémiques. Ils se multiplient jusqu’à former une nouvelle forêt dense et verdoyante.

En l’espace de vingt ans, ce sont plus de deux millions d’arbres qui ont été replantés et qui couvrent aujourd’hui une surface de plus de 600 hectares.

Naturellement, le retour de la forêt a permis à la biodiversité de s’y épanouir de nouveau.

Une initiative admirable dans un pays où la déforestation intensive est toujours largement en marche. D’après le rapport publié par Global Forest Watch (GFW) en avril 2019, les régions tropicales ont perdu 12 millions d’hectares de couverture arborée en 2018. Or, la destruction de forêt tropicale primaire (celle qui n’a pas été plantée par l’homme) se concentre principalement au Brésil avec la forêt amazonienne. Et la tendance n’est pas à la baisse : selon l’ONG Imazon, la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de 54 % en janvier 2019 par rapport à janvier 2018.

Conclusion

Avec l’écologie, l’art contemporain devient l’un des outils de compréhension et d’analyse des dysfonctionnements des temps présents.

En prenant position face aux désordres du monde, les propositions des artistes ont une puissance d’intervention . À travers leur art, les artistes mènent des enquêtes autant que des actions concrètes. Ils nous les dévoilent et espèrent que nous arriverons à mener les nôtres face à cette urgence qu’est la question écologique.

Par ailleurs, la thématique art contemporain et écologie démontre que l’artiste est aussi un acteur social.

De même qu’elle repense la notion cruciale de paysage. On ne peut plus désormais considérer le paysage comme un fragment du visible. C’est-à-dire comme quelque chose que l’on observerait de l’extérieur : comme une image que l’on regarde.

Non. Il s’agit de considérer le paysage comme un maillage de connexions et de relations d’interdépendances et/ou d’influences réciproques entres toutes les identités humaines, vivantes et non vivantes, mais aussi technologiques et dont l’être humain n’est non plus le centre mais une composante. 

 

 

Merci à Ana de Sousa pour sa participation et pour les découvertes du collectif Superflux et de la Smog Free Tower.

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