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Pour poursuivre cet ensemble d’articles sur les avant-gardes, je vous propose aujourd’hui de faire un bon dans le passé et de vous parler du premier futurisme italien.

Le futurisme mêle l’art et la vie. En effet, il est vu comme une force pouvant changer la vie de manière concrète. À la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, la culture en Italie est en retrait par rapport au progrès industriel car le poids d’un passé historique et artistique est très fort.

Tellement fort, qu’il empêche l’art d’évoluer au même rythme que l’industrie. En effet, l’empreinte de la Renaissance est extrêmement forte.

Qui peut oser rivaliser avec Léonard de Vinci, Michel-Ange ou encore Titien ?

Difficile d’être l’héritier de la Renaissance

Il est vrai que la grandeur de la Renaissance empêche considérablement l’art contemporain d’évoluer au même rythme que l’industrie. Ainsi, deux triades fortes se confrontent et se confortent.

D’un côté, on a la Renaissance incarnée par Titien à Venise, Michel-Ange à Rome, et Léonard de Vinci à Florence. Contrairement à ces grandes villes qui ont fait la culture renaissante, ce sont trois nouvelles villes qui vont héberger la culture économique et industrielle. On trouve alors un triangle industriel composé de Turin, Gênes et Milan.

Quelle place laisser à l’art contemporain qui tente difficilement de s’insérer dans un pays déjà comblé artistiquement ?

Le jugement dernier – Michel-Ange – Entre 1536 et 1541

Le futurisme au cœur de l’industrie

Difficile pour le futurisme de trouver sa place dans un pays avec un noyau artistique si fort et si présent.

Ce sera là l’une des missions du futurisme italien. Plus le passé artistique est fort et présent et plus la lutte pour s’en détacher et s’ouvrir au futur est éprouvante et radicale. Il y a ainsi chez les futuristes, une réelle volonté de rompre avec les traditions pour se projeter dans le futur.

En 1861 a lieu la proclamation de l’unité italienne. L’Italie acquiert un sens nationaliste et abandonne peu à peu l’esprit de mosaïques de cultures régionales.

Un élément de détail qui aura toute son importance dans la suite de mon développement.

Les débuts de l’ère automobile

Dans ce nouveau cœur industriel naît les débuts de l’ère automobile italienne qui vient renforcer la puissance industrielle. En 1899, la marque FIAT voit ses premiers jours à Turin. FIAT symbolise littéralement Fabrique Italienne d’Automobiles à Turin. Elle est créée à l’initiative de trente actionnaires dont Giovanni Agnelli.

Sa création a lieu seulement 5 ans après la toute première course automobile en 1894 reliant Paris-Rouen.

Si la marque Bugatti ne voit le jour qu’en 1909, l’un des deux frères Bugatti, construit ses premières voitures à seulement 17 ans. La deuxième création d’Ettore Bugatti lui vaut le titre de meilleure voiture italienne à la Foire de Milan de 1901.

Aussi, Bugatti incarne dès le départ l’ivresse de la vitesse et le désir d’aller toujours plus loin. Il est vrai, autour de ces événements et de cette industrie automobile va se développer une esthétique de la vitesse.

Le Manifeste futuriste

On trouvera d’ailleurs écrit clairement dans le Manifeste du futurisme :

« La splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec un coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante qui a l’air de courir sur de la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles ! À quoi bon regarder en arrière, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? »

L’esthétique de la vitesse et du bruit sont deux caractéristiques principales du futurisme italien.

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La Victoire de Samothrace – inconnu – Vers 200-185 av. J.C – Découverte en 1863

Les prémices du futurisme

La préhistoire du mouvement futuriste débute à Rome en 1901. Umberto Boccioni et Gino Severini deviennent les élèves du peintre Giacomo Balla. Il les initie alors au divisionnisme. En 1906, tandis que Severini s’installe à Paris, Boccioni entame un large périple européen qui s’achève l’année suivante à Milan.

Là se nouent d’autres amitiés picturales avec Carlo Carrà, Luigi Russolo, Romolo Romani et Aroldo Bonzagni.

Cette même année se produit également la rencontre décisive avec Filippo Tomasso Marinetti. J’en ai d’ailleurs déjà parlé dans mon article sur le mouvement Dada, qui doit énormément au futurisme et ce, malgré des trajectoires différentes.

Un homme de lettres à l’origine du mouvement

C’est ainsi qu’émerge le mouvement futuriste dans le milieu littéraire sous la plume de Filippo Tommaso Marinetti. Il passe son enfance et son adolescence en Egypte.

Sa mère lui parle de l’Italie de façon nostalgique et idéalisée. De fait, le jeune Marinetti développe ses connaissances sur ce pays qui le fascine tant de manière biaisée. On peut qualifier se vision de fantasmée, et ce, à l’instar de beaucoup d’enfants d’immigrés

Son héros est Giuseppe Garibaldi, un grand militaire et homme politique italien. Un goût précurseur pour l’héroïsme guerrier.

En ce sens, l’agressivité deviendra un élément esthétique à la fois dans le graphisme futuriste que dans la peinture. Il est vrai que l’esthétique futuriste est agressive et tout particulièrement celle de Marinetti.

Giuseppe Garibaldi, 1807-1882

Libération

À 18 ans il retourne en Italie et s’installe à Milan.

Il est important de bien comprendre que Marinetti aura toujours un rapport décalé, fantasmé et idéalisé à l’Italie. Il veut d’ailleurs la libérer grâce à la poésie.

Comme les couleurs sont libérées dans le fauvisme.

Comme la forme dans le cubisme.

Et comme le matériau dans le mouvement Dada.

« Libérer la poésie de son carcan » fut d’ailleurs l’une de ces phrases les plus célèbres.

Le futurisme et le graphisme

Se libérer des règles

En effet, pour lui, la poésie n’est pas libre. Elle doit respecter certaines règles comme les alexandrins ainsi qu’un rapport de sonorité codifié. Ainsi, il souhaite libérer les mots. La revue Poesia a d’ailleurs pour mots d’ordres : les mots en liberté.

Dans son texte fondateur : Fondation et manifeste du futurisme il déclare:

« C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le futurisme. Parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires. » Marinetti a alors 33 ans et atteste d’une rupture radicale avec le passé.

Ce manifeste est donc en quelque sorte un hommage au futur.

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Revue Poesia – Marinetti – 1905 1909

Un graphisme traumatisant

Le graphisme de ses poèmes constitue un traumatisme pour l’œil. La typographie évolue et se transforme radicalement. L’asymétrie des lettres ne cesse de prendre de l’ampleur. Elle grossit donnant la sensation d’un mégaphone hurlant des onomatopées comme jetées à la figure du lecteur.

C’est ainsi une manière de jeter les mots, de les libérer de leur carcan de règles et de limites. Les mots transpercent le papier, produisant du bruit, et incarnant l’esthétique futuriste.

On parle de traumatisme pour l’œil car il y a une rupture radicale avec la mise en page traditionnelle et linéaire.

Exit la lecture linéaire de gauche à droite, sans aucun espaces blancs.

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Zang Tumb Tumb – Marinetti – 1912

Lignes de front

C’est particulièrement le cas avec Zang Tumb Tumb. Un concept futuriste en vertu duquel la typographie doit refléter de façon crue le pouvoir émotionnel du langage. Plutôt que de s’appuyer sur les règles établies de la syntaxe et de la ponctuation, il se construit en rempart à l’harmonie typographique de la page qui est « contraire aux flux et reflux, aux sursauts et aux éclats du style qui parcourent la page elle-même. »

« Je ne veux pas suggérer une idée ou une sensation avec des grâces ou des affections surannées. Je veux, au contraire, m’en saisir brutalement et les jeter à la face du lecteur. »

On retrouve cet élan énergique dans Mots en liberté futuristes, olfactif, tactile, thermique. Comme vous le verrez ci-dessous, la mise en page est explosive. Elle montre la matérialité du livre devenu objet en révélant et en détruisant simultanément la grille typographique traditionnelle.

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Les mots en liberté futuristes – Marinetti – 1919

Le futurisme et l’art vivant

L’ancêtre de la performance

Point important :

Le futurisme est également marqué par l’apparition des premiers happenings, l’ancêtre (pour faire simple) de l’actuelle performance. Ce sont principalement des manifestations publiques.

Chez les futuristes, les happenings sont aussi importants que la peinture et la sculpture. Les artistes se servent alors du théâtre pour y donner des représentations éphémères.

On considère en effet que ce sont les futuristes qui, à partir de 1912, ont mis en place les pratiques actionnistes. Et ce, par le biais de Serata – Soirées futuristes – et par le développement de ce que Marinetti appelle le teatro syntetico. Il s’agit d’une série de saynètes impliquant directement le public et pensées comme une œuvre d’art totale. Il s’agit en effet d’un spectacle total dans lequel est engagé empiriquement le spectateur à travers la forme du théâtre.

Les mots de l’artiste

Le tout est bercé par une ferveur missionnaire de l’artiste.

« Le public varie d’humeur et d’intelligence suivant les différents théâtres d’une ville et les quatre saisons de l’année. Il est soumis aux événements politiques et sociaux, aux caprices de la mode, aux averses printanières, aux excès de la chaleur et du froid, au dernier article lu dans l’après-midi. Il n’a malheureusement autre désir que celui de digérer agréablement au théâtre. Il est donc absolument incapable d’approuver, désapprouver ou corriger une œuvre d’art. L’auteur peut s’efforcer de tirer son public de sa médiocrité comme un sauve un naufragé en le tirant de l’eau. »

Extrait du Manifeste des auteurs dramatiques futuristes de 1911.

Le futurisme et la peinture

S’affranchir de l’ancien monde

Avec Marinetti on est au départ dans aucune considération picturale. C’est-à-dire que l’on ne trouve pas de définition ce que devrait être une peinture futuriste.

On sait que Marinetti déclare la guerre au monde ancien, aux traditions et aux musées qu’il tient pour des cimetières. Il en appelle à la modernité, à la vitesse mécanique et à la poésie des métropoles. Le tout, contre les conventions de la société et de l’art italien d’alors.

Les peintres évoqués plus tôt, vont en tirer les conséquences artistiques. En 1910, la fédération des peintures futuristes écrit le manifeste des peintres futuristes. C’est au théâtre Charella à Milan qu’il fut lu à haute voix. Cette fédération comprend et annonce :

Giacomo Balla (1871-1958)

Umberto Boccioni (1882-1916)

Carlo Carra (1881-1916)

Luigi Russolo (1885-1947)

Gino Severini (1883-1966)

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Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Luigi Russolo, Gino Severini, Giacomo Balla – Manifeste des peintres futuristes – 11 février 1910

Les modes d’actions futuristes

Les poètes et les peintres se regroupent alors et se rendent en haut de la cathédrale de Milan. Ils lancent alors le manifeste et font une distribution incroyable de tracts dans toute la ville. À Venise, ils reproduisent l’action du haut de la Place Saint-Marc. De plus, s’est tenue une organisation de manifestations musicales dans toute la ville.

Ces modes d’action furent très efficace pour sensibiliser la population et constituent les premières performances de l’art occidental.

Abordons désormais les œuvres picturales caractéristiques du futurisme.

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La Cathédrale de Milan – Piazza del Duomo – 1386                    La Place Saint-Marc – Venise

Le futurisme et le mouvement

Lampe à Arc de Balla (1909)

L’ampoule est le sujet très « osé » de cette peinture. Le réverbère, à cette époque, est ce qu’il y a de plus hautement technologique. Cette image est en quelque sorte un hommage à l’ampoule. Il y a dans ce tableau un effet de résonance et de pulsation, tel un élan vital. La présence du croissant de lune, comme lumière naturelle marque la fin du mimétisme et de l’hommage à la nature.

Balla utilise dans cette œuvre uniquement des couleurs primaires et secondaires. Il y a énormément de formes triangulaires et toutes les pointes convergent vers le centre du tableau. Cette œuvre est également pourvue d’un certain dynamisme et d’une sensation de dilatation.

On est donc dans une ode au futur, à son mouvement ainsi qu’à son dynamisme.

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Lampe à arc – Balla – 1909

Fillette courant sur un balcon de Balla (1912)

Dans un premier temps on reconnaît l’héritage du divisionnisme. Ce tableau est décomposé deux fois :

Par le jeu de la touche néo-impressionniste et par la représentation successive des instants d’un mouvement. Il y a la rupture car c’est une innovation futuriste. C’est également un hommage à la photo, plus précisément aux photos d’images en mouvement. Ce que l’on appelle la chronophotographie. Les formes sont identiques et se répètent. La touche est détachée.

On est à un stade avancé de la dématérialisation de la forme. Le tableau reste tout de même structuré par les lignes verticales qui forment la grille du balcon.

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Fillette courant sur un balcon – Balla – 1912

Qu’est-ce que la chronophotographie ?

Eadweard Muybridge est un photographe britannique passionné par les photographies du mouvement. On le rattache à la création de la chronophotographie qui est l’objet du français Etienne-Jules Marey. Le principe de la chronophotographie est de prendre une succession de photos et de les décomposer. Dans le but précisément, d’analyser le mouvement.

Ce dernier souhaitait démontrer la représentation erronée des artistes concernant les chevaux. Il affirmait qu’à aucun moment de sa course au galop, le cheval n’a les quatre fers à l’horizontale. L’histoire prend tellement d’ampleur que Muybridge, passionné d’équidés, s’intéresse au travail du français. Il lui vient en aide grâce à un outil particulier intitulé le zoopraxiscope. Ce qui permet aux deux hommes d’aboutir aux mêmes conclusions.

De cette polémique naît Le cheval de Marey en 1886. Il n’existe pas de fragmentation dans cette image, mais plutôt une synthèse globale des mouvements rassemblés dans une seule forme.

La chronophotographie, ancêtre de l’OpArt

En somme cette illusion technique va avoir comme résultat une illusion optique. L’Op Art, l’art optique, a le même but. La construction de formes géométriques, peintes sur une toile ou non, activent des mécanismes qui trompent l’œil. La chronophotographie influence l’Op Art dans ce qu’elles ont en commun de jeux optiques. Leurs jeux de forme trompent le cerveau puis l’œil donc la perception.

Ce qui est intéressant réside dans le fait que les deux techniques ont un effet physique sur le spectateur. Cela peut par exemple donner le tournis ou faire mal aux yeux.

On retrouve également ces tendances dans le futurisme. La vitesse de l’automobile par exemple, se perçoit et son bruit s’entend. Le futurisme nous offre un rapport physique à la sensation.

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Vega 200 – Vasarely – 1968

Le futurisme et la vitesse

Dynamisme d’une automobile de Russolo (1912-1913)

Justement, parlons d’une autre forme de dynamisme. Dans cette œuvre, il y a une triangulation des plans et une dématérialisation des formes. Le caractère aigu et brutal offre une très grande sensation visuelle. Ce sont les angles aigües qui deviennent des signes de vitesse. Cette perception est accentuée par les pointes des triangles qui séparent le tableau en deux.

Russolo fait la rencontre du physicien autrichien Ernst Mach qui travaille sur l’aérodynamique et la vitesse supersonique. On est ici en partie, dans la représentation des découvertes de ce physicien. Il créa d’ailleurs l’angle de Mach, où il y a un rapport mathématique entre la vitesse d’un son et la direction de la vitesse.

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Dynanisme d’une automobile – Russolo – 1912

Vitesse d’une automobile + lumière + bruits de Balla (1913)

On plonge ici dans une forte sensation de dynamisme et de mouvement, dans lequel il souhaite également rendre compte de la représentation du bruit. Un travail inspiré à nouveau par le travail du physicien Ernst Mach.

Ce travail nous permet de comprendre et de saisir l’émulation entre les artistes. Le futurisme se caractérise par un foisonnement d’idées, de vitesse et de bruit !

Vitesse d’une automobile + lumière + bruits – Balla – 1913

Le futurisme et les mouvements de l’âme

Avec le futurisme, il y a, vous l’avez compris, l’attestation d’une recherche sur le mouvement. Un mouvement qui de plus est tourné vers l’avenir. Cependant, ce serait s’en tenir à une définition réductrice que de tenir le futurisme seulement pour cela. Pour un simple essai de peinture du mouvement, déterminé par la révolution industrielle et menacé par la concurrence de la photographie.

En effet et cet aspect est rarement abordé, il se veut autant analyse picturale de l’homme moderne qu’observation de ses actions et de ses émotions.

En 1912, les cinq peintres futuristes affirment en ce sens : « Nous parvenons à ce que nous appelons la peinture des états d’âme. Dans la description picturale des différents états d’âme d’un départ, des lignes perpendiculaires, onduleuses et comme épuisées, ça et là accrochées à des silhouettes de corps vides, peuvent facilement exprimer la langueur et le découragement. »

Ces lignes font allusion directement au cycle de Boccioni intitulé Etats d’âme.

états d’âme de Boccioni (1911)

Le cycle est composé de trois tableaux : Les Adieux, Ceux qui partent, Ceux qui restent.

L’artiste traite ici d’un sujet délicat. Il s’agit de l’expérience du deuil et de la séparation mêlée à la question de l’énergie vitale qui reste avec ceux qui subsistent à la mort.

On remarque une volumétrie des visages en même temps qu’une dématérialisation des formes. En fait, et c’est là toute l’innovation, la transcription psychologique ne repose pas sur des jeux de physionomie censés exprimer la tristesse. Elle s’appuie plutôt sur des contrastes et des rythmes linéaires accentués par un chromatisme lui-même subjectif.

La tentative est neuve car jusque-là, la valeur psychologique des lignes a été employée à l’intérieur d’une description figurative. Ici, il procède à rebours et se risque vers une introspection qui préfigure l’expressionisme abstrait.

Ainsi, Boccioni est la préfiguration de l’expressionnisme américain qui apparaît bien plus tard dans les années 1950.

Les funérailles de l’anarchiste Galli de Carrà (1911)

Galli était un proche de Carrà qui fut tué par la police lors d’une manifestation. Ce tableau qui fait histoire détient une revendication nationale. La copénétration des formes offre encore une fois un dynamisme fort. L’espace du combat est très proche de certaines peintures de Paolo Uccello, ce qui revendique tout de même un certain héritage de l’art italien passé.

On revient finalement toujours à ses origines, qu’on le veuille ou non.

Ici, c’est La Bataille de San Romano d’Uccello qui est lisible dans Les funérailles. La couleur rouge est dominante au centre et elle fait autant référence au sang qu’à l’anarchie.

Le futurisme italien est et reste empreint de violence et d’agressivité.

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Les funérailles de l’anarchiste Galli – Carrà – 1911                                    La bataille de San Romano – Uccello – 1435,1440

L’extinction d’un mouvement

En 1915 Marinetti publie Guerre seule hygiène du monde qui est un appel à l’héroïsme purificateur. Quand l’Italie déclare la guerre le 24 mai de la même année, il s’engage en compagnie de Boccioni, Russolo et d’autres peintres italiens. En décembre, il fait paraître L’orgueil italien, un manifeste politique et national. Un an plus tard en 1916 de nombreux décès des membres, dont Boccioni, marque la fin du premier futurisme.

Le régime fasciste émerge au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’Italie est déçue du non-respect du Traité de Londres par les alliés. Ce dernier, consistait à donner l’Istrie et la Dalmatie aux Italiens après la guerre. Ils appellent ainsi cette déception « la victoire mutilée ».

La naissance du fascisme

Ce qui est tristement drôle, c’est que la naissance du fascisme en Italie se fait en réaction à un traité. Tout comme le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale se fera en réaction au Traité de Versailles.

La rancœur italienne est grande et elle développe le goût de la violence chez certains italiens. L’économie est faible, le pays est endetté et les reconstructions coûtent cher. Les Combattants de la Grande Guerre accusent le régime du déclenchement de la guerre. Le gouvernement est instable et le prolétariat tente de se révolter.

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Le traité de Versailles – 28 juin 1919 – Helen Johns Kirtland et Lucian Swift Kirtland – US National Archives

Un homme de proue

C’est ainsi qu’arrive un personnage emblématique de l’histoire italienne!

Benito Mussolini est né en 1883. Il est militant dans l’aile gauche du PSI, le Parti Socialiste Italien. Il mêle le nationalisme aux idées de l’extrême gauche et crée le fascisme qui au départ est un parti révolutionnaire. C’est d’ailleurs cela qui a séduit Marinetti lors de sa rencontre avec Mussolini : le désir de faire une révolution politique.

A la fin des années 1920, l’Italie fasciste est sur le point d’achever sa transformation en un Etat totalitaire. Un Etat qui dirige tous les domaines, les activités et les pensées de chaque italien.

Après la Grande Guerre, les artistes futuristes changent de mouvement car ils ont vu les atrocités de la guerre. Leurs idées ont divergées et le mouvement futuriste est considéré comme mort. Boccioni meurt pendant la guerre. Severini a immigré en France. Seul Marinetti garde un attachement à ses idéologies.

L’apparition du second futurisme

Cependant, avec la montée du fascisme en Italie, le mouvement futuriste connaît une renaissance. De nouveaux membres adhérent au mouvement. On appelle cela le second futurisme qui se rapproche davantage des idées politiques qu’artistiques. Mussolini prive ce second futurisme de tout ressort révolutionnaire.

En 1924, Marinetti publie un manifeste intitulé Futurisme et fascisme. C’est un compte rendu d’un discours à travers lequel il présente le futurisme comme partenaire et précurseur du régime fasciste.

En effet, dans ce second futurisme, on prône notamment la guerre. Contrairement à Dada, le futurisme ne s’oppose pas à la guerre, et va même plonger dedans.

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Benito Mussolini –  Photo colorisée de Roger Viollet – 1940

La patrie et l’art

On l’a compris la révolte du prolétariat bercé dans une dimension patriotique plaît à Marinetti. On remarquait déjà son appétence pour le combat dans Zang tumb tumb. Ici, Marinetti célèbre les opérations militaires de la Première Guerre balkanique, par le moyen des « mots en liberté ».

Le second futurisme est très impliqué dans la politique italienne. En effet, les futuristes exposent clairement leurs idées qui reposent essentiellement sur la patrie. En sortant la revue Il futurismo Marinetti adhère totalement au fascisme, mais ne cessera jamais de rappeler ses objectifs oubliés.

Il y a donc une dimension idéologique dangereuse dans le futurisme. Ce mouvement est très riche et complexe car il pose de nombreuses questions idéologiques.

2 Comments

  • B# dit :

    Bonjour.
    J’avais lu, je ne sais plus où, que Marinetti vivait juste au dessus d’une imprimerie, ce qui lui facilita grandement la tâche pour ses expériences typographiques…
    Je regrette que vous ne parliez pas de Fortunato Depero (qui demeurera futuriste toute sa vie), qui est, pour moi, un véritable visionnaire du graphisme publicitaire (publicité, art à part entière chez les Futuristes d’ailleurs). Peter Saville ne s’y est pas trompé 🙂
    Vous ne parlez pas non plus des expériences gastronomiques futuristes (il existe un livre de Marinetti et son compère Fillìa sur le sujet).…
    Sinon, super article. Merci.

    • Bénédicte Maselli dit :

      Merci beaucoup pour toutes ces précisions qui permettront aux lecteurs d’affiner leur approche graphique de ce grand mouvement. De mon côté, je vais aller regarder les livres de cuisines! Merci pour la découverte.

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